
Conte d'automne
Je marche à la dérive vers mon école. Un vent doux parsème des feuilles de toutes les couleurs à mes pieds. Le foisonnement de l’automne est déjà là : à mes pieds, qui s’enfoncent sans vouloir dans un tas interminable de chuchotements. Encore un pas, encore deux… Je regarde maintenant… c’est une feuille blanche. C’est étonnant ! Mes yeux sont virés vers … une photo. Lentement je jette un coup d’œil autour de moi : personne, sauf moi, les feuilles mortes et …une photo.
D’un geste rapide je soustrais la photo à sa route prévue par le vent. Je la cache dans ma poche droite et j’avance vite vers l’entrée de mon école. Et le temps part en fumée…
Ma poche droite brûle maintenant d’envie de me montrer son secret.
Mon chemin de retour fut abrégé comme jamais. Mon envie de savoir m’envola dans le désordre habituel de ma chambre. La voici : la photographie cachée dans ma poche droite.
Une fille me regardait droit dans les yeux. Des longs cheveux noirs, en bataille étaient à peine retenus par une sorte de coiffe d’un autre monde. Sa jupe lourde d’ornements dévoilait des pieds délicats et nus. Un champ à perte de vue entourait de partout ce visage complètement inconnu.
Et au verso ? Kathi la tsigane. Une écriture tremblante, presque illisible. C’était tout.
Le soir tombe vite en octobre.
La nuit venue je me réveille en sursaut.
- Je suis Kathi. Ecoute mon histoire ! Veux-tu ?
- Qui es-tu ?
- La fille de cette photo, celle que tu caches sous ton coussin. Je pourrais te raconter mon histoire. Reprends ma photo dans ta main ! Oui, comme ça ! Referme les yeux et ne dis rien.
- Je suis née dans un champ, là où ma mère me porta dans ses bras des longues journées d’été. C’était un jour de travail, comme tous les autres. Faire des briques en argile pour terminer une maison qui devenait à chaque naissance plus petite. Je vis le jour quand l’alouette poussa son premier cri pour se lever vers le soleil. Les yeux virés sur ma paume ma mère me prédit de savoir écrire, de savoir lire et chanter.
- Ssst, n’ouvre pas les yeux et prend la nuit comme elle vient, de très loin. Je l’emporte avec moi. Et je suis sans arrêt en route, car la route est ronde et elle tourne dans le rythme des roues de nos carrosses. Mon père en avait une. On partait dés que l’herbe commençait à sécher. Nos quatre chevaux en demandaient beaucoup. Et je leurs emportais toujours de l’eau fraîche, pour eux de très loin, car les sources étaient rares et peu connues.
- Quand ma mère voyait les longues préparations pour le départ ses yeux pleuraient sans mots. Elle me serait dans ses bras et se lamentait sans forces : et la maison ne sera jamais terminée et Kathi ne pourras pas encore apprendre à lire et à écrire. Ses frères lui couvraient le chagrin avec des chansons et des cris, la danse nous faisait tout oublier. Ma première poupée fut …un violon. Ma deuxième un accordéon. Ma troisième fut un morceau de bois, troué d’où ma bouche sortait des tris d’oiseaux.
- J’avais dix étés déjà sans que les lignes de ma paume changent de désir : je devrait apprendre à lire et à écrire. Mais rien n’était fait.
- Tout changea où, le jour de
- De loin une voiture s’approchait. Une femme, Elina, s’arrêta et, le sourire large, comme celui de ma mère en grand jour de fête, m’envoya un Soleil dans mon visage. Elle m’a expliqué que c’était la plus belle image jamais trouvée dans toute sa carrière de photographe.
- La voiture quitta vite le champ poussiéreux où le vent caressa mes cheveux.
- Depuis, je marche sans arrêt pour apprendre à lire et à écrire. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je crois dans les lignes de ma paume. La faim et la soif ne me touchent jamais. Je marche sans arrêt et je suis rentrée, petit à petit dans ma photo. Le vent me transporta ainsi et me posa sur le tapis de feuilles d’où tu ma cueilli. Réchauffée dans ta poche et sous ton regard, je me suis rappelé que j’étais une fille, que j’étais fatiguée de la longue route faite, que j’avais une faim de loup et une soif d’éléphant.
Le réveil sonna dans un brouhaha qui réveilla le chat, qui, en sursautant jeta le pot de géranium dans la cour, où un chien le reçu sur sa queue, qui aboya si fortement que Moussa ouvrit les yeux, sauta d’un seul pas dans ses baskets, empocha un chewing-gum, fit un baiser à sa grand-mère, prit son cartable, endossa son MP3 dans sa poche droite et où il trouva une photo noir et blanc, délavée par la pluie ou peut-être par les larmes de quelqu'un et où quelques lettres étaient encore visibles : Ka….a tsigane. Il l’a prit dans sa main et rentra dans la salle de classe où le cours de français venait de commencer .Et depuis ce jour là Moussa pensa qu’il apprenait pour Kathi, la tsigane, également. Ses forces éblouirent tout le monde, en commençant par lui-même..